Le téléphone toujours un élément dangereux en moto

Téléphone au volant : le vrai danger, c’est la distraction
Le téléphone au volant est souvent résumé à une image : celle d’un conducteur tenant son smartphone à la main. Cette représentation est pourtant devenue trop simpliste. Aujourd’hui, un conducteur peut garder les deux mains sur le volant tout en étant profondément distrait par une notification, une conversation téléphonique, un écran tactile ou une application.
Le problème n’est donc plus seulement celui du téléphone tenu en main. Il concerne désormais tout l’environnement numérique qui accompagne la conduite.
Quand la technologie détourne l’attention
Les véhicules modernes sont de plus en plus connectés. Dès que le moteur démarre, le conducteur est invité à associer son smartphone au système embarqué. Appels, messages, musique, navigation et notifications deviennent alors accessibles depuis le tableau de bord.
Sur le papier, cette intégration est présentée comme un progrès en matière de confort et de sécurité. Dans les faits, elle peut également multiplier les sollicitations.
Les écrans tactiles illustrent parfaitement cette contradiction. Ils permettent de centraliser de nombreuses fonctions, mais certaines opérations simples nécessitent désormais plusieurs manipulations et obligent parfois le conducteur à quitter la route des yeux.
À cela s’ajoutent les multiples alertes sonores et visuelles des véhicules : assistance au stationnement, maintien dans la voie, détection d’obstacles, alertes de vitesse ou notifications diverses. Chaque signal peut avoir son utilité pris individuellement, mais leur accumulation contribue à charger davantage l’attention du conducteur.
Le danger ne se mesure pas au nombre de mains sur le volant
Interdire le téléphone tenu en main reste nécessaire, mais cette mesure ne répond qu’à une partie du problème.
Un conducteur peut parfaitement avoir les mains sur son guidon ou son volant et ne plus être pleinement concentré sur ce qui se passe devant lui. Une conversation téléphonique mobilise l’esprit. Lire une notification demande de traiter une information. Chercher une fonction sur un écran demande de regarder ailleurs. Dans tous ces cas, la conduite devient une activité secondaire pendant quelques secondes.
Or, quelques secondes suffisent pour parcourir une distance importante.
À 50 km/h, un véhicule parcourt environ 14 mètres en une seconde. Sur autoroute, à 130 km/h, ce sont environ 36 mètres qui sont parcourus pendant le même laps de temps. Une distraction qui paraît insignifiante dans la vie quotidienne peut donc avoir des conséquences considérables lorsqu’elle survient au volant.
Le risque est d’autant plus important que le conducteur n’est pas toujours conscient de la diminution de son attention.
Une dépendance aux notifications devenue quotidienne
Le smartphone occupe désormais une place centrale dans la vie quotidienne. Vérifier régulièrement ses messages, consulter une notification ou répondre à un appel est devenu un réflexe pour beaucoup.
Cette habitude ne disparaît pas automatiquement lorsque l’on s’installe dans un véhicule.
C’est précisément pour cette raison que faire reposer toute la prévention sur la seule volonté du conducteur montre ses limites. Il ne suffit pas de rappeler qu’il faut être attentif : encore faut-il que l’environnement dans lequel nous conduisons favorise cette attention.
La question mérite donc d’être posée autrement : pourquoi concevoir des véhicules capables de solliciter en permanence leur conducteur, alors que la première condition d’une conduite sûre est précisément de rester concentré sur la route ?
Et si la sécurité était pensée dès la conception ?
Dans le domaine numérique, le principe de « privacy-by-design » consiste à intégrer la protection des données dès la conception d’un produit ou d’un service.
Le même raisonnement pourrait être appliqué à la distraction au volant.
Plutôt que de développer d’abord de nouvelles fonctionnalités puis de chercher ensuite à limiter leurs effets sur l’attention, les constructeurs et les fabricants de smartphones pourraient intégrer la concentration du conducteur dès la conception de leurs systèmes.
Cette approche de « focus-by-design » pourrait notamment conduire à plusieurs évolutions.
Les commandes essentielles devraient être simples, intuitives et utilisables sans avoir à regarder un écran. Les fonctions qui ne sont pas indispensables à la conduite pourraient être automatiquement limitées lorsque le véhicule est en mouvement.
Le smartphone pourrait également disposer d’un véritable mode dédié à la conduite. Il ne s’agirait pas nécessairement de couper toute communication, mais de filtrer les sollicitations : notifications silencieuses, messages différés et informations accessibles uniquement lorsque le véhicule est immobilisé.
L’objectif serait de faire en sorte que le conducteur n’ait pas constamment à résister à la tentation de consulter son téléphone.
Mieux mesurer la place du numérique dans les accidents
Un autre enjeu concerne la connaissance du phénomène.
Pour agir efficacement, encore faut-il pouvoir mesurer précisément le rôle de la distraction numérique dans les accidents. Après un accident grave, la question de l’utilisation d’un téléphone ou d’un système numérique devrait donc être systématiquement étudiée lorsque cela est possible.
Une meilleure connaissance du phénomène permettrait d’adapter les campagnes de prévention et de mesurer réellement son évolution.
La sensibilisation doit par ailleurs dépasser les seuls automobilistes. Les motards, cyclistes et piétons sont eux aussi concernés par l’usage du smartphone et par les conséquences d’une attention détournée dans l’espace public. Même si la FMF constate que les motards sont aussi victime d’accident non responsable à cause de ces comportements dangereux au volant.
Ne pas attendre l’accident pour agir
La réponse au téléphone au volant ne peut pas uniquement reposer sur l’augmentation des sanctions. La réglementation existe déjà et les comportements dangereux sont déjà sanctionnables.
Le véritable enjeu est ailleurs : créer un environnement qui rende le comportement sûr plus simple que le comportement dangereux.
Les constructeurs automobiles, les fabricants de smartphones et les pouvoirs publics disposent chacun de leviers pour réduire les distractions. Ils peuvent agir sur la conception des interfaces, sur les fonctionnalités disponibles en mouvement, sur les systèmes de notification et sur l’information des usagers.
La technologie ne devrait pas demander au conducteur de choisir en permanence entre rester concentré et utiliser ses fonctionnalités.
Elle devrait, au contraire, l’aider à rester concentré.
Sur la route, quelques secondes d’attention peuvent faire la différence. La meilleure technologie sera donc peut-être celle qui saura, parfois, accepter de ne pas nous solliciter.
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